Assassinat de Khashoggi : pourquoi ses enfants ont pardonné aux assassins ?

Les enfants du journaliste, assassiné en 2018 dans le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, ont déclaré qu’ils pardonnaient aux assassins. Une annonce qui fait réagir.

Cette affaire avait fait le tour du monde et entaché l’image internationale du prince saoudien. Jamal Khashoggi, critique du régime saoudien après en avoir été proche, a été assassiné et son corps découpé en morceaux le 2 octobre 2018 dans le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul où il s’était rendu pour récupérer un document, selon la Turquie.  

Annonce surprenante ce vendredi : les enfants du journaliste saoudien Jamal Khashoggi ont déclaré qu’ils « pardonnaient » aux assassins de leur père. « Nous, les enfants du martyr Jamal Khashoggi, annonçons que nous pardonnons à ceux qui ont tué notre père », a écrit sur Twitter Salah Khashoggi, fils aîné de l’ancien collaborateur du quotidien américain Washington Post.  

Les autorités saoudiennes n’ont pas réagi à cette annonce de Salah Khashoggi, qui vit en Arabie saoudite et a toujours nié un quelconque arrangement financier avec le pouvoir. L’Express fait le point sur cet étrange pardon, qui fait déjà réagir.  

Un pardon qui devrait permettre aux accusés de ne pas être exécutés

Quelle est la conséquence de cette annonce ? Pour Ali Shihabi, auteur et analyste saoudien proche du gouvernement, « cela signifie principalement que les assassins éviteront la peine capitale puisque c’est un droit que la famille détient par le pardon », selon la charia, la loi islamique.  

A l’issue d’un procès opaque en Arabie saoudite, cinq Saoudiens ont été condamnés à mort et trois condamnés à des peines de prison pour l’assassinat de Khashoggi. Le verdict prononcé en décembre, qualifié de « parodie de justice » par les organisations internationales de défense des droits humains, est intervenu alors que le royaume redoublait d’efforts diplomatiques pour tirer un trait sur cette crise et redorer son image, à l’approche du sommet du G20, organisé par Ryad cette année. « Selon la charia appliquée en Arabie saoudite, les meurtriers ne seront pas exécutés », a renchéri l’analyste Nabeel Nowairah sur Twitter.  

« Tout le monde sait qu’il n’y a ni liberté ni justice en Arabie saoudite sous le régime actuel », a-t-elle ajouté dans des déclarations envoyées à l’AFP. Selon elle, Jamal Khashoggi « est devenu un symbole international et son meurtre est un crime international qui doit être jugé devant un tribunal indépendant ». Elle a ajouté : « Aucune loi, qu’elle soit internationale, saoudienne ou islamique ne doit permettre à ceux qui sont responsables de ce crime monstrueux d’être libérés ».  

Une « ‘énorme pression politique et sociale » derrière ce pardon ?

« Il est triste de voir les fils de Khashoggi subir de nouvelles humiliations de la part du régime saoudien avec leur soi-disant pardon aux assassins de leur père », réagit auprès de l’AFP Bessma Momani, spécialiste du Moyen-Orient et professeur à l’université de Waterloo au Canada.  

« Suggérer que cet acte de pardon est volontaire, c’est ignorer l’énorme pression politique et sociale probablement exercée sur les fils par le même cercle du pouvoir politique qui était derrière le meurtre de leur père », juge-t-elle. Par le passé, Salah Khashoggi avait déjà assuré avoir « pleinement confiance » dans le système judiciaire saoudien, critiquant les opposants qui, selon lui, cherchaient à exploiter cette affaire.

En avril 2019, le Washington Post avait assuré que les quatre enfants du journaliste assassiné, y compris Salah, avaient reçu des maisons d’une valeur de plusieurs millions de dollars et étaient payés des milliers de dollars par mois par les autorités. La famille avait alors démenti.  

Un pardon « choquant », une « parodie de justice » selon une experte de l’ONU

L’experte de l’ONU ayant enquêté sur l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi par des agents saoudiens à Istanbul a jugé ce vendredi « choquant » que ses fils puissent pardonner aux assassins présumés de leur père, y voyant un nouvel acte dans la « parodie de justice » saoudienne.  

« Bien que choquante, l’annonce que la famille du journaliste saoudien assassiné Jamal Khashoggi a pardonné à ses assassins était attendue », a déclaré dans un communiqué la rapporteure spéciale de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, Agnès Callamard, qui en tant qu’experte indépendante ne s’exprime pas au nom de l’ONU.  


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